La première fois que je suis tombé sur une image des Backrooms, c’était vers 2h du matin sur un forum obscur. Une photo floue, jaunâtre, une moquette dégueulasse, des néons qui bourdonnent presque à travers l’écran. Zéro contexte. Et pourtant, j’ai flippé. Genre vraiment. J’ai fermé l’onglet et je suis allé me coucher (mal).
Ce qui est dingue avec les légendes urbaines version internet, c’est leur capacité à s’incruster dans ta tête sans que tu comprennes bien pourquoi. Une photo, un post, une rumeur lancée un mardi soir sur un obscur canal Discord, et six mois plus tard le truc est partout. On en discute même parfois entre potes sur des plateformes qui n’ont rien à voir, genre en tchattant sur un casino qui vaut le détour comme Alexander Casino où j’avais lancé le débat pendant une session tardive. Bref. Le web fabrique des mythes plus vite que les bibliothèques n’archivent les vieux.
Les Backrooms, ou comment une photo floue est devenue un film d’horreur
Franchement, si on m’avait dit qu’un simple post anonyme allait finir en long-métrage projeté en salles en 2026, j’aurais rigolé. Et pourtant.
Tout part d’une image postée sur 4chan en 2019. Une pièce vide, moquette jaune, murs jaunes, néons jaunes (on a compris pour le jaune). Un utilisateur invente une légende autour : si tu « noclipes » hors de la réalité, tu tombes dans ces couloirs infinis. Et c’est parti. Des milliers de niveaux imaginés par la communauté, des vidéos YouTube à des dizaines de millions de vues, des jeux vidéo, et maintenant un film qui vient de sortir.
Pourquoi ça marche autant ?
Perso, je pense que les Backrooms parlent à quelque chose qu’on ressent tous sans savoir le nommer. Cette impression bizarre de traverser un centre commercial vide un dimanche, un couloir d’hôtel à 4h du mat, un open space désert. Des lieux conçus pour être remplis d’humains, et qui, une fois vides, deviennent presque hostiles. Les anglos appellent ça la « liminal space » et c’est exactement ça.
Le film joue là-dessus, apparemment, et pas mal de critiques disent qu’il capture bien cette angoisse moderne du vide urbain. J’irai le voir, ça c’est sûr.
Sheng Long, le canular qui est devenu un dieu
Alors celle-là, elle est savoureuse. Retour en 1992. Un magazine américain balance un poisson d’avril sur Street Fighter II : selon eux, si tu bats Ryu sans encaisser un seul coup pendant dix rounds d’affilée, un boss caché nommé Sheng Long apparaît. Personne n’a jamais réussi (évidemment, il n’existait pas).
Sauf que la légende a pris. Massivement. Des gamers ont passé des centaines d’heures à essayer. Et le plus fou, c’est que Capcom a fini par reprendre le nom pour de vrai des années plus tard, dans différents contextes. Un canular de journaliste qui devient canon. Le truc c’est que c’est peut-être le premier vrai mème gaming de l’histoire, avant même qu’on emploie le mot « mème ».
Quand la blague dépasse ses créateurs
Y’a un pattern intéressant ici : plus une légende est absurde, plus elle a de chances de survivre. Parce qu’elle se transmet en étant modifiée, réappropriée, remixée. Sheng Long a été crédible parce que Street Fighter était rempli de secrets à l’époque. Les Backrooms sont crédibles parce qu’ils ressemblent à des endroits qu’on a tous vus. La légende urbaine web marche quand elle s’accroche à un truc familier.
Les marques sur les voitures : la légende qui refuse de mourir
Celle-là revient tous les deux ans comme un boomerang. En ce moment au Québec, plusieurs femmes ont signalé des marques bizarres sur leur voiture (des attaches en plastique, des morceaux de scotch) et la rumeur du « marquage par des trafiquants » repart en boucle sur Facebook.
Les autorités ont beau expliquer qu’il n’y a aucune preuve d’un lien avec une quelconque organisation criminelle, la légende tourne. Parce qu’elle joue sur une peur réelle. Et parce qu’elle est plus satisfaisante narrativement qu’un simple « c’est probablement un gamin qui s’ennuie ».
Ce genre de rumeur, on la retrouve sous mille formes depuis les années 2000 :
- Les seringues plantées dans les sièges de cinéma
- Les gangs qui roulent sans phares pour tester leur nouvelle recrue
- Le parfum sur un flyer qui t’endort dans un parking
- Les billets contaminés à je-ne-sais-quelle drogue de contact
Aucune n’a jamais été vraiment documentée. Toutes reviennent tous les 18 mois. Fascinant.
Pourquoi on y croit (un peu) tous
Je vais être honnête. Même en sachant que 99% de ces trucs sont des inventions, il y a une partie de mon cerveau qui reste alerte. C’est humain. On est câblés pour prendre au sérieux les récits d’alerte, parce que dans la savane, mieux valait fuir un lion imaginaire que rater un vrai.
Le problème, c’est qu’internet a industrialisé la production de « lions imaginaires ». Un post viral peut atteindre 10 millions de personnes en 48h. Et notre cerveau, lui, il a pas évolué depuis la savane.
Le rôle des communautés
Ce qui a changé avec le web, c’est que les légendes ne sont plus racontées autour d’un feu. Elles sont collaboratives. Les Backrooms, personne ne sait qui les a « inventés » au sens strict, parce que la légende s’est construite par accumulation. Chaque nouveau contributeur ajoute son niveau, son monstre, sa règle. C’est du folklore participatif.
Et honnêtement, c’est ce qui rend ces mythes si résistants. Tu peux pas démentir un truc qui appartient à personne.
Ma légende préférée (parce qu’il faut bien choisir)
S’il fallait en garder une, je prendrais Polybius. L’histoire de cette borne d’arcade des années 80 qui aurait été installée à Portland pour mener des expériences psychologiques sur les joueurs, avant de disparaître mystérieusement. Aucune preuve. Aucun témoin fiable. Des « photos » clairement bricolées.
Mais l’idée est tellement belle. Un gouvernement qui hypnotise ses citoyens via des jeux d’arcade. En 2026, avec ce qu’on sait des algos qui nous manipulent tous les jours, c’est presque devenu… crédible ?
Bon je vais me coucher. Et je vais éviter de penser à la moquette jaune.



